Histoire de la diffusion des affiches 
Les affiches, comme toute édition, ne vivent que par le public qui les regarde, les voit et accomplit un « travail » grâce à elles.
Dès la N°1 de Paul-Armand Gette, l’idée de diffusion est contenue dans le corps même de l’affiche. Il s’agit d’un texte qui indique ce que doit être la collection : l’art y est défini comme beauté ou esthétique et aussi travail, travail du regard et travail du cerveau par le public.
La notion de public est importante et elle m’obsède depuis mes débuts en 1983 : qu’est-ce qu’un public de l’art ? Est-ce les gens qui assistent aux vernissages des musées ou des galeries ? Est-ce les collectionneurs ? Les amateurs ? Peut-il exister un « grand public » avec toutes les restrictions ou réserves qu’on peut émettre sur l’adjectif « grand » ? Je n’ai jamais été comblé par le public que j’ai rencontré en tant que professionnel de l’art. J’ai rêvé, au début de mon activité, de faire des belles images en grand nombre et que pleins de gens dans le peuple les trouveraient aussi belles que moi et les achèteraient. Le grand public, pour moi, cela voulait dire pleins de gens, de tous horizons et couches sociales. Cela voulait dire que tout le monde était potentiellement « séduisible » par la beauté et la qualité.
Le grand challenge est « Quelle est la diffusion idéale de l’édition ? »
Cela a commencé dès avril 1996, par des collages sauvages dans la ville de Lille exécutés par moi-même avec la complicité de Laurent Hocq, artiste qui vivait à Roubaix à l’époque et s’était intéressé à ma démarche immédiatement. Des collages sur des volets de maison, des palissades de chantiers et façades de maisons désaffectées, dans le Vieux Lille et à Wazemmes. Les affiches ainsi collées étaient taguées, lacérées, caviardées. Cela me convenait mais avait aussi quelque chose de frustrant. J’ignorais la nature de la réaction des gens : les regardaient-ils ? Les voyaient-ils simplement ? Cela provoquait-il une réaction en eux ou restaient-ils indifférents ?
Le fait de coller des sérigraphies originales dans la rue me paraissait important sur le plan de la diffusion : d’une part pour respecter le spectateur et ne pas lui donner à regarder des sous-produits du genre photocopies sous prétexte du côté éphémère des affiches. D’autre part tout simplement pour capter son regard par l’incongruité et la qualité de ces affiches.
Par la suite, l’incertitude de l’impact m’a poussé à cesser les collages et chercher des modes de diffusion maîtrisée afin de mesurer l’efficacité stratégique et de faire progresser mon idée.